Communiquons-nous moins ?

Publié le par Antonio Fontes

En parcourant une intéressante réflexion sur la psychologie de l'ennui, j'ai pu lire, encore une fois, la très fréquente constatation :

« Nous avons développé une quantité exorbitante de système de communication. Nous avons réduit les distances grâce aux voitures, aux avions, etc. Et pourtant, il y a de moins en moins de communication. Quel cynique paradoxe, n’est-ce pas?… » Y.Y.

Cette affirmation est-elle correcte ? Dans quelle mesure le serait-elle ou non ? Je n’ai pas la réponse mais j’ai du moins mon idée à son sujet…

 

Illusion ?

Attention à l'abus de langage: il y a de plus en plus de communication entre les Hommes, et ceci grâce surtout aux avancées technologiques réalisées ces vingt dernières années. Point.

Maintenant simplement affirmer que nous communiquons moins est faux: nous avons , certes, réduit pour beaucoup la quantité de mots échangés/jour (notion de débit verbal). Cette constatation du 'nous communiquons plus pour communiquer moins' est la conclusion préliminaire d'une réflexion sur la communication, un panneau dans lequel beaucoup tombent.

Je reviens sur cette réduction du débit verbal : elle est largement compensée par l’apparition par exemple des téléphones portables. Les gens semblent s’isoler mais il n’en est rien. Nos outils de communication moderne, aujourd’hui standardisés, tels que le courrier électronique, la messagerie instantanée et le téléphone portable nous placent dans une position privilégiée par rapport aux générations précédentes: nous pouvons communiquer en tout temps et tout lieu avec notre sphère relationnelle. Je ne l’ai pas écrit en majuscules, mais en cas de doute, je le précise à nouveau : AVEC NOTRE SPHERE RELATIONNELLE.

Les besoins primordiaux ne consistent pas en l’amélioration de la communication entre les Hommes mais bien en l’augmentation quantitative de la communication. Nos outils nous permettent de maintenir le lien malgré un pont visuel rompu (la personne n’est plus dans le champ de vision), besoin autrefois impossible à satisfaire. Bien sûr, ce manque fût partiellement et progressivment comblé grâce tout d'abord à la notion de courrier postal, puis plus tard, à l’arrivée du téléphone (communication one-to-one) et la radio-télévision (one-to-many).

Où le malaise se situe t’il donc ?

La communication, telle que nous la percevons et telle qu’elle est contextuellement abordée dans cet article, est sa propre victime: nos médias nous transmettent une image fondamentalement déformée des besoins auxquels elle satisfait.

La communication au travers de nouvelles technologies d’information et de communication (NTIC) est synonyme d’échange, de partage et de joie. Elle est également dénuée de conflits, malentendus et autres corollaires négatifs liés à la communication. Elle est finalement synonyme de bonheur. Il suffit de regarder le paysage publicitaire : tous les opérateurs et fournisseurs de télécommunications jouent sur les valeurs citées précédemment afin de simplement nous vendre leurs produits et services.

Ne l’oublions pas : dans la société nous ne sommes primordialement pas des êtres communicants mais des consommateurs. La communication telle qu’elle est abordée aujourd’hui pourrait n’être qu’un besoin artificiellement créé par des agents économiques très innovateurs.

Nous communiquons plus mais nous ne communiquons pas mieux. Ceux qui n’avaient personne avec qui communiquer avant ne sont pas mieux lotis aujourd’hui, pire encore : ils sont encore plus délaissés. Pourquoi tenter d’engager une conversation avec votre voisin de trajet si vous pouvez continuer la votre via écrans interposés ? Si vous êtes celui ou celle qui pianote sur son clavier, vous êtes chanceux car vous communiquez plus. Si vous êtes celui (celle) assis(e) en face, vous êtes mal : on n’a pas encore pensé à vous. Mais ça viendra. Une seule chose est sûre pour l’instant : l’un est victime d’un encouragement à la consommation, l’autre était et restera victime de son incapacité ou impossibilité de communiquer.

La communication efficace voire efficiente, la communication entre les Hommes, sans frontières de religion, de race ou d’opinions ; la communication que beaucoup souhaitent et croyaient pouvoir constater aujourd’hui n’est pas au programme des produits et services proposés en magasin. Ca, mes amis, c’est prévu pour bien plus tard.

Nous ne communiquons pas moins, nous communiquons bien plus mais pas comme nous le souhaiterions. A bon entendeur...

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